20 octobre 2008
Cours 101 pour embêter la suppléante
Première leçon 101 : rigoler comme des bossus car elle n'est pas capable de faire le son "un" (comme dans juin, ou pain, ou "1") comme une vraie québécoise. Non, cà ressemble plutôt à un mélange de français et de chtimi, du coup ni les "vrais" français ni les "vrais" québécois ne la comprennent. Alors les petits monstres s'amusent :
- "madame, peux-tu répéter la dernière addition, je n'ai pas compris?"
- "Ok, pour la dernière fois, c'est (reeeespire)... 12 - 1..."
- "Hahahahahahahahahaha"
- ...
- "Pourquoi tu ne demandes pas à tes enfants de t'apprendre à dire "1" comme il faut?"
- "Parce que cà fait 44 ans que je le dis comme cà et que je ne peux pas le dire autrement et f...-moi la paix ou je vous donne d'autres additions (sans 1, évidemment)" . Bon je n'ai pas dit tout cà mais j'en ai pensé une partie...
Deuxième leçon 101 : qui a inventé des phrases de dictée du style "La sorcière demande au vampire pour danser avec elle" ?????? Il n'avait sûrement pas pensé aux petits "wises" (traduction : "emm...") qui ont aussitôt protesté :
-"comment cà c'est la sorcière qui demande au vampire?? Les filles, elles peuvent pas demander aux gars, c'est le contraire"
- "Pis, au moins, si elle demandait au sorcier, mais, là, au vampire en plus"
- "Hey, les machos, vous saurez que maintenant, les filles demandent aussi aux gars de danser et si vous continuez à vous obstiner sur la dictée, je vous en flanque un autre paragraphe!" (idem que ci-haut pour ce que j'ai dit et pensé)
Voir ici pour la leçon de mathématiques...
Troisième leçon 101 : le tiers des élèves qui viennent à l'école font partie de familles très favorisées. Pour vous donner une idée, le revenu moyen des familles dont les enfants fréquentent la polyvalente de la ville est plus élevé que le revenu moyen des familles dont les enfants vont à l'école privée de la région (composée de 3 villes). D'où des situations qui vont un peu baver la suppléante, genre le petit gars qui attend que sa mère vienne le chercher, en surveillant les autos qui arrivent.
-" Tu vas reconnaître son auto??"
Les autres élèves : "Oh oui, c'est une Hummer"!
- "Ah ben oui...."
Je vois un pick-up blanc arriver.
- "Tes parents n'ont pas un pick-up blanc aussi?"
- "Non, l'autre auto, c'est une Porsche"
- ......... (non, cà ne me dérange pas du tout que tes deux carrosses valent plus cher que ma maison, l'intérieur de ma maison et tous mes véhicules réunis et que tes parents t'inculquent de supers valeurs sur l'environnement)
16 octobre 2008
Très fort
Pas trop fort la suppléante qui a vanté à l'enseignante, à son retour, le comportement exemplaire des deux "tannants" de la classe ce matin. "Ah oui, vraiment, je n'ai pas entendu Nicholas ni Justin. Ils ont super bien travaillé! Je leur ai mis un point dans leur cahier de discipline".
Normal que je n'ai pas entendu Nicholas, il était absent ce matin. Oups.
28 janvier 2008
De mieux en mieux
6h45 : la sonnerie du téléphone nous arrache brutalement à nos derniers moments de quiétude pré-hystérie-matinale. C'est pour moi.
"Allo, c'est Martine, je suis enseignante à l'école XYZ (oh zut, je devais enlever mon nom de leur liste de suppléance, j'ai oublié! C'est l'école où va Manu et ils ne m'ont JAMAIS appelée ), pourrais-tu me remplacer aujourd'hui?"
Première erreur : répondre par "bien sûr, pas de problèmes"
" Tu es inscrite comme TES (Travailleuse en Éducation Spécialisée, moi? cà doit être un coup de la secrétaire qui a vu mon bacc de psycho-éducation)"
Deuxième erreur : ne pas comprendre le sous-entendu de cette affirmation énoncée d'un ton plein d'espoir. Je comprendrai trop tard que cà veut dire "comme tu as sûrement déjà travaillé avec des délinquants (non, juste des déficients, et cà fait 25 ans), tu pourras sûrement affronter ma classe".
Et là-dessus, voilà Martine qui m'énonce le programme de la classe pour la journée, entrecoupé de remarques intéressantes toutes les deux phrases, genre :
" Tu sais, c'est une classe très difficile"
" Il faudra que tu les tiennes bien"
" Ils ne comprennent pas vite, il faut répéter sans arrêt"
" Il y'a des cas vraiment lourds"
" C'est une journée pleine, sans spécialistes"
" Bonne chance"
" N'aie pas peur d'appeler au secours" (au secours, je ne veux pas y aller!)
Tout pour me donner l'envie de lui raccrocher au nez et d'aller me mettre la tête sous l'oreiller.
Ô joie, que cà me tente. Bon, j'ai dit oui, jetons-nous dans la fosse aux lions.
Première période. Oh finalement, ce n'est pas pire que bien des classes que j'ai eues dans l'autre école, je devrais passer à travers la journée sans trop de dégâts. À condition d'oublier le vrai Educateur Spécialisé qui a fait irruption dans ma classe en menacant les trois pires sujets des pires représailles alors qu'ils n'avaient encore rien fait et en avertissant les autres de se tenir mieux et de faire moins de bruit (coudonc, je dois être sourde, je n'entendais rien...).
Deuxième période. Un pitre pire de moins. Il a donné un coup de poing "accidentel" (ben oui, ha ha) à un autre et j'avoue qu'après les 17 avertissements des dernières 30 minutes, je suis plutôt soulagée de l'envoyer saluer l'éducateur spécialisé de ma part. Ma liste de dérangeants au tableau s'allonge, le moral baisse. Par contre, ils travaillent bien et je ferme les yeux sur l'un des pitres pires qui, bien qu'il n'ait pas dû être assis sur sa chaise plus que 5 minutes en deux heures, travaille très bien et a un bon sens de l'humour. Je craque pour les petits rigolos, eh oui. Mais lui aussi se retrouvera chez le TES après que je l'ai retrouvé en train d'en menacer un autre avec de gros ciseaux pointus. Je le trouve moins rigolo tout d'un coup. Et je suis beaucoup moins rassurée sur la suite de la journée.
Et je ne parle pas de la période-maths. Trouvez où est le numérateur dans les fractions suivantes.
Hum.
Moi : "Psss, Valérie, c'est quoi déjà un numérateur??"
Jean-Marc : "moi je l'sais, moi je l'sais, c'est le contraire du dominateur!"
Ah oui. Le dominateur. Cà me dit quelque chose...
Moi : "Heu... Jean-Marc, je crois qu'on appelle cà le dénominateur"
Jean-Marc : "ah oui, c'est vrai"
Ouah... je suis bonne quand même. "Heu... Et, Jean-Marc, il est où ce fameux dénominateur?"
Jean-Marc : "ben, c'est le chiffre en bas"
Moi, hypocrite : "bravo, bien sûr, tu as raison!"
Problème suivant : trouvez si les grandeurs suivantes sont plus petites ou plus grandes que 100cm.
14dm, 1m, 1dm, 10dm....
Moi : "VALÉRIIIIIIIIE!!"
M'énervent.
La dernière période de la journée est la pire. Deux des pires moineaux de la classe sont devenus incontrôlables, ils accumulent les niaiseries, crachent dans le bureau de l'autre, me défient, dérangent... Et il est trop tard pour les envoyer chez le TES une autre fois. Par contre, je les avertis que ce sera noté sur le rapport à l'enseignante et qu'elle fera un suivi demain (tiens, Martine, cà commencera bien la journée demain...). Et le reste de la classe ne vaut guère mieux. Pourtant ils sont très intéressés par l'histoire des Algonquiens que je leur raconte, tellement intéressés qu'ils posent questions sur questions, tous en même temps, sans écouter les réponses et se lancent des commentaires entre eux. Le chapitre sur la chasse devient une occasion de débattre de la question à savoir s'il y'a des grizzlis dans le Parc de la Gatineau, la pêche amène la narration du dernier voyage de pêche de l'oncle de l'autre, les tenues dénudées des amérindiens sur les illustrations donnent lieu à une bonne rigolade (ha ha). Qu'est-ce qu'on se marre. Qu'est-ce que j'en ai marre.
Qu'ai-je fait une fois la journée finie? Après avoir passé 10 minutes affalée sur ma chaise à reprendre mon souffle? J'ai été illico enlever mon nom de la liste de remplacement de l'école. Na. Il me reste l'école de Magali, c'est bien assez!
26 janvier 2008
Maternelle 101
Ils ont 5 et 6 ans. Sont mignons tout plein. Avec d'adorables visages angéliques. Et des petites cornes.
Ma classe de maternelle.
Toutes les enseignantes de maternelle ont une journée d'étude. Nous sommes donc une gagne de remplacantes, plus ou moins habituées à la routine, plutôt moins que plus. C'est drôle de nous voir sortir à la rencontre de nos groupes qui nous attendent "sagement" (dans nos rêves) en ligne dans la cour de récréation. Parce qu'on ne sait pas quel est notre groupe. Nous nous regardons toutes en hésitant devant les enfants qui nous regardent avec de grands yeux ("elle est où - cochez : Chloé, Isabelle, Priscilla, Ann, Marie-Eve, Jasmine??"). Aaaah, joie, voilà une remplacante de longue date qui connait bien les classes de maternelle. Nous sautons dessus comme des vautours affamés : "sais-tu quelle est la classe de - cochez : Chloé, Isabelle, bon...etc.??". Finalement, nous retrouvons nos classes, les enfants nous sautent dessus :
- "t'es qui toi?"
- "Laurent m'a poussé!"
- "J'ai perdu un gant!"
- "J'ai oublié mon lunch"
- "J'ai envie pipi"
- "C'est quoi ton nom?"
On essaie de refaire tant bien que mal la ligne et de rentrer plutôt mal que bien en ordre dans l'école. Rebelote devant les casiers à côté de la salle de classe :
- "t'es qui toi?"
- "Laurent m'a poussé" (c'est là qu'on comprend que Laurent va nous rendre la vie dure aujourd'hui. Mais on se console en voyant la suppléante en face qui doit gérer un enfant qui en a tapé un autre et qui refuse de s'excuser d'un air désagréablement sournois - ouf, il n'est pas dans ma classe )
- "j'ai envie pipi"
- " moi aussi"
- " moi aussi"
- " moi aussi"
... multiplié par 15.
Dilemne. Je sais que, sur les 15 qui ont supposément envie, il y'en a 13 qui niaisent. Je fais quoi? J'en choisis deux au hasard? Je dis non à tous et je ramasse les dégâts? Je les envoie un par un et cà prend une heure? Je les envoie tous? Finalement, je décide de les envoyer tous et de les accompagner mais c'est la galopade dans les couloirs et les escaliers et je regrette rapidement ma décision. Surtout quand je les vois entrer et ressortir aussi vite des toilettes où ils n'ont même pas fait semblant d'aller. Bon. Bravo.
Même si la journée ne se déroulera pas si mal, cela me confirme que je ne raffole pas d'enseigner aux maternelles. Je trouve extrêmement frustrant de leur expliquer un exercice qu'ils doivent faire, pendant de longues minutes avec force détails et dessins et en donnant presque les réponses, pour, à la seconde où je termine, voir un petit se lever et venir vers moi avec son cahier "c'est quoi qu'il faut faire?". Niak. C'est parce que , mon petit chou, tu as 4 dessins à gauche (un bonhomme qui pellete, un autre qui joue dans les feuilles, un qui se baigne et un ours qui se réveille) et à droite 4 dessins représentant les 4 saisons. On est loin du théorème de Pythagore! Mais bon, respirons par le nez et recommencons l'explication. 8 fois.
Dur dur aussi de composer avec les petits mensonges, pas bien méchants mais constants. Toutes les situations amènent leur lot de
"Chloé, elle nous permet de :
- manger notre collation quand on veut
- aller aux toilettes deux par deux
- faire notre travail sur le tapis de jeux
- jouer avec les Playmobils (bip, cà je sais que c'est faux, elle l'a bien mentionné sur sa feuille de route)
- nous asseoir où on veut
- dire n'importe quoi à la suppléante et penser qu'elle va tout croire (ok, c'est le cas mais on ne va pas le crier sur les toits quand même!)"
Et cà n'arrête pas. C'est donc une cacophonie de "oui on a le droit", "non on a pas le droit" et la moitié de la classe n'est pas contente de ma décision finale.
Bon, malgré leurs petites cornes, ils sont bien mignons et attachants quand même et j'ai droit à un beau câlin collectif à la fin de la journée. Et à la satisfaction de voir, à la tête des autres, que je ne suis pas la seule suppléante à avoir souffert...
23 janvier 2008
Dysphasie 451
Ils s'appellent N., N. avec un H, J., G., D., M., R. ... Ils sont 7 garçons, 1 fille, tous avec des caractères et des problèmes bien différents. Leur point commun : ils sont dans une classe de dysphasie. La première fois que j'ai fait de la suppléance dans leur classe, je ne savais même pas ce qu'était la dysphasie, j'ai pris un cours accéléré Google101 juste pour savoir au moins les no-nos et les yes-yes. Depuis, j'ai remplacé 2-3 fois, mes études en psycho-éducation, même datant de 20 ans et complètement oubliées, me placant en priorité comme suppléante. N'empêche que, à voir toute l'étendue de leurs problèmes qui vont de "mais pourquoi il n'est pas dans une classe régulière, lui?" à "ouille, il est en 5ème et il ne sait pas lire" en passant par des problèmes de langage et de comportement, on a du mal à cerner où commence et où s'arrête la définition de la dysphasie!
Je dois dire que j'aime bien ce type de "clientèle". Ils sont attachants, présentent un défi constant, et, comme ils sont un petit groupe, on a l'impression (fausse) que ce sera plus facile qu'un gros groupe.
Le groupe d'aujourd'hui fonctionne avec des jetons. Quand cà va bien, l'élève a un jeton dans son pot, quand cà va mal, on lui enlève un jeton. Il peut échanger des jetons contre des privilèges. Aujourd'hui, l'un d'eux avait échangé 35 jetons contre le privilège de pouvoir apporter une collation sucrée. Il en avait au moins 5 sur son bureau, dont 2 barres de chocolat grandeur standard. Et bien sûr, la conviction d'être dans son droit le plus sacré que, comme suppléante, je ne pouvais ni comprendre, ni contester. Curieusement, ce n'est pas sur lui que le sucre a semblé agir pendant la journée mais sur le reste du groupe! M'enfin...
Et, surprise, un autre élève avait décidé d'échanger 35 jetons contre... la place du prof à son bureau. Il a passé la journée bien vautré dans MON fauteuil, à étaler ses papiers sur MON bureau, pendant que j'ai passé la journée debout à essayer de m'y retrouver dans les papiers de l'enseignante , tassés dans un coin du bureau. Rem'enfin...
On oublie aussi la technicienne en éducation spécialisé au diplôme tout frais -qui ne datait pas de 20 ans lui- qui, chaque fois qu'elle entrait dans la classe, s'exclamait sur le bruit (quel bruit?) et remettait 3-4 élèves en place (dont le comportement ne me semblait nullement dérangeant à moi, mais bon, qui suis-je pour oser exprimer mon opinion et, après tout, peut-être était-ce important qu'un calme olympien règne sur les lieux en tout temps?). Je me sentais un peu poche disons...
Malgré l'horrible indiscipline et le tapage constant, ils ont quand même fini par remplir le programme de la journée laissé par l'enseignante et nous avons eu bien du plaisir ensemble. Je crois qu'ils m'ont bien appréciée. Peut-être parce que je les laissais écouter leur mp3 pendant le temps libre et manger du popcorn en-dehors de l'heure sacro-sainte de la collation ("mais ce n'est pas la collation, donne-moi ce popcorn" dixit la technicienne qui vient d'entrer encore une fois, zut, prise en flagrant délit).
Hier, j'ai remplacé une classe de 6ème année (ah que je les aime ceux-là! Je vous en reparlerai!) et demain, direction la maternelle (gloups, je fais encore des cauchemars de ma dernière journée avec les maternelles, surtout la période "peinture"). A suivre!



