Il regardait les feuilles tombées. Par la grande fenêtre, il imagina la brise froide sur ses joues, les myriades de couleurs de la nature ensommeillée. C’était la saison des châtaignes chaudes, comme il les aimait!  Leur chaleur si tendre, réconfortante. Bien sûr, il préférait de loin les chocolats chauds lors des soirées froides de l’hiver, après avoir fait des bonshommes de neige sur le sol immaculé. Comme c’était bon, comme c’était doux. Par contre, avec l’automne venaient les batailles dans les feuilles humides aux teintes dorées, les citrouilles et les pommes bien rouges. Tant de choses à faire, si peu de temps pour les apprécier.

Sachant bien qu’il ne pourrait profiter de toute la beauté de la chose qu’en ne l’approchant, il conclut qu’il devait y aller, là, tout de suite. Peu importait si sa gardienne s’inquiétait, il ne pouvait en aucun cas manquer ce feu d’artifice, que dis-je, cette explosion de couleur. Il ne fut pas dit que lui, moins que quiconque, ne profite de toutes ces merveilles. Ce fut avec avidité qu’il enfila tuque et mitaines, foulard et manteau.

Encore tout empêtré dans son interminable foulard, il mit les pieds dehors. Tout de suite, il respira à plein poumons, se noyant presque dans toutes ces odeurs indéchiffrables. Son premier objectif fut le magasin de friandises, de jouets et autres délices dont il raffolait tant. Sous ses jolies bottes de cuir, il entendit craquer les feuilles, comme une musique à ses oreilles. Les passants, tous emmitouflés dans leur grands manteaux, ne semblaient pas se rendre compte de tout ce qu’ils manquaient. Il ne put alors qu’espérer que jamais il ne se transformerait en ces créatures aveugles. Il se permit donc de chasser de ses pensées ces obscurs personnages, car fébrile, il découvrait à cet instant les trésors recelés derrières l’immense vitrine qu’il avait admiré si souvent. Il savait pourtant que jamais il n’aurait les moyens de se procurer toutes ces choses, mais de les observer comme cela, si proches, lui mit un baume sur le cœur. Ces montagnes de jouets le firent rêver. Il s’imagina conduisant le petit train électrique, ou encore serrant tout contre lui l’ourson en peluche. Et ces friandises! Comme il aurait voulu en prendre une, juste une et la déposer délicatement sur sa langue la laissant fondre doucement.

Alors qu’il était au volant d’un de ces petits modèles réduits, des rires cristallins le tirèrent de sa rêverie . Le parc… Il était tout proche. Comment avait-il pu omettre d’y jeter un coup d’œil? Les confiseries attendraient, une toute autre forme d’amusement l’appelait. Derrière les hautes clôtures métalliques, il aperçut ce qu’il avait pourtant déjà deviné: des enfants. Encore si purs, si sensibles à la beauté des choses, les enfants étaient vraiment les seuls à savoir profiter de la vie. Timide de nature, il n’aurait pas osé en aucun cas approcher, mais l’enivrement qu’il ressentait à cet instant lui fît sauter le pas. Que risquait-il donc? Le vent soufflant doucement dans ses cheveux fins semblait le pousser. Il vit alors que les enfants avaient en leur possession un ballon. Lui qui les aimait tant. Il approcha discrètement, ne voulant pas se faire remarquer, pas tout de suite. Le hasard en décida autrement, car la balle vint rouler à ses pieds. Imperturbable, il s’empara du ballon. Il l’admira, seulement quelques instants, car jamais il n’aurait été assez cruel pour leur retirer plus longtemps ce précieux jouet. Alors qu’il redéposait l’objet de ses désirs, il vit des dizaines d’yeux braqués sur lui, le regardant avec insistance. Ils le dévisagèrent, ne se cachant pas pour exprimer leur étonnement, et leur dégoût aussi, peut-être? Aussi grande fut son envie de se joindre à eux quelques instants auparavant, la peur qu’ils lui inspirèrent à ce moment le fut bien davantage. Sans un mot de plus, il s’éloigna, la mort dans l’âme.

 Il essaya dès lors de retrouver son chemin, mais n’arrivait plus à mettre ses idées en place. Pourquoi réagissaient-ils ainsi, n’était-il pas exactement comme eux. Derrière lui, une douce voix se fit entendre. Sa gardienne.

- Ah, vous voilà enfin Monsieur Hubert. Alors, on s’est encore égaré?

Elle le prit par le bras et l’entraina à sa suite. Monsieur Hubert ne répondit pas, toujours égaré dans ses pensées. Il se dit alors, avec un sourire imperceptible, que ce n’était pas grave. Il reviendrait demain.

Texte de Catherine, 16 ans, écrit pour un devoir de français.