Mon pays d'adoption, Haiti, souffre.  Encore.  La ville de Gonaives, dévastée par un ouragan il y'a 4 ans et pas encore remise sur ses pieds, vient de se manger encore un ouragan sur le nez et deux autres s'en viennent.  Les nouvelles n'en parlent pas beaucoup, mais la ville est encore sous l'eau et on peut s'attendre à encore des milliers de victimes. Les habitants grondent, la diaspora aussi.  Qu'est-il arrivé avec toute l'aide envoyée, les millions de dollars dépensés, pourquoi n'y a t'il pas eu de digues, de systèmes d'égoûts, de reconstruction, de système de drainage, de plantation d'arbres??

Cela me rend d'autant plus dingue que, avec notre petit organisme de rien du tout (Têtes Ensemble SOS Haiti, en Outaouais) et le maigre 150000$ que nous avons ramassé à la sueur de notre front et grâce à la générosité de la population de la région (et pas des compagnies, ou des industries, ou ...), nous avons réussi à bâtir la seule structure permanente post-ouragan aux Gonaives, un orphelinat qui accueille 87 enfants... Après 4 ans, nous sommes les seuls à avoir laissé notre marque, les millions de $ dépensés ailleurs (où?) se sont évaporés, et plus personne ne veut faire de dons-dépannage, des dons court-terme qui servent seulement à calmer l'opinion publique le temps qu'on passe à une autre catastrophe.

Notre orphelinat est toujours là.  Et, par chance, nous venons d'envoyer de la nourriture la semaine dernière, nos 87 enfants pourront manger alors que le reste de la ville est condamnée à attendre des secours qui arrivent au compte-gouttes (le gouvernement n'a pas d'argent et il ne peut envoyer sporadiquement que des hélicoptères qui larguent des médicaments à l'hopital des Gonaives où se sont réfugiés des centaines de gens qui ont tout perdu, encore une fois). L'orphelinat a aussi accueilli 5 nouveaux orphelins et 39 réfugiés mais il a dû fermer ses grilles devant la foule qui venait crier famine et secours.  C'est un crève-coeur.

Nous continuons à ramasser de l'argent, quelques dollars à la fois, c'est vieux l'ouragan Jeanne, les gens ont oublié, mais les orphelins doivent manger alors il faut continuer, mais ce n'est pas évident...  Petit à petit, nous avons rajouté des latrines, des salles de classe, une pompe pour l'eau... Prochain objectif : un petit centre communautaire pour offrir des ateliers aux enfants les plus vieux et aux femmes afin qu'ils apprennent un petit métier.  Mais en attendant, on doit laisser ce beau projet de côté et recommencer comme il y'a 4 ans : communiqués de presse pour en appeler à la générosité des gens, affiches, etc.  Cette fois, nous demandons des sous, des sous et des sous.  Mieux vaut faire fructifier l'économie locale là-bas en achetant de la nourriture et du matériel là-bas que d'en envoyer d'ici avec tout le travail et les coûts que cà implique!

Mais zut que c'est choquant quand il arrive une autre catastrophe aussi pire que la première, pauvre pays, comment pourra t'il s'en sortir un jour??