Il était une fois 87 petits enfants qui vivaient à moitié-nus sous une grande tente.  Ils dormaient sur du carton, mangeaient un bol de riz par jour quand ils avaient de la chance, buvaient l'eau de pluie et se baignaient dans une mare stagnante à proximité, où cochons, cabris et ânes venaient s'abreuver... Ces enfants n'avaient plus ni père ni mère, un ouragan féroce les ayant emportés en même temps que leur maison, leur école, leur église, leurs amis... Ils ne pouvaient compter que sur un couple généreux qui avait eu pitié d'eux et les avaient pris sous leur aile.  Mais même ce couple ne pouvait faire de miracles, ayant tant perdu eux-mêmes et si peu de ressources... C'était en septembre 2004, aux Gonaïves.
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Pendant ce temps, dans un pays pas si loin que cà, les gens continuaient à vaquer à leur occupation, à manger à leur faim, à se plaindre de leur niveau de salaire, du travail trop exigeant, de la nourriture trop riche, des hôpitaux trop pleins, des routes trop défoncées, de la température, du voisin, de la femme de ménage, des ados qui laissaient trainer leurs affaires, du coût de la vie... Ils regardaient dans les journaux les grands yeux noirs des enfants à moitié-nus, dans ce pays pas si loin que cà, et soupiraient sur l'injustice de la vie et le malheur de certains, avant de passer à la page suivante et d'oublier les yeux noirs en voyant qu'on annoncait encore une hausse du prix de l'essence. 
 
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Mais certains ne pouvaient pas oublier.  Cette femme, entre autres, d'origine haïtienne, qui remerciait Dieu tous les jours d'avoir choisi le Canada comme terre d'asile 15 ans plus tôt mais qui priait pour que son pays redevienne la Perle des Antilles.  Cette femme qui aidait tant bien que mal les enfants d'Haiti depuis des années, grâce à son tout petit organisme et à l'aide de plusieurs bénévoles, cette femme qui avait monté une école, une cantine, une maison pour les personnes âgées dans un village d'Haïti, et qui se démenait pour trouver quelques dollars pour payer un professeur, un repas, des médicaments pour ces enfants oubliés, cette femme ne put tourner la page du journal et se dit qu'il fallait qu'elle fasse quelque chose pour ces enfants aux grands yeux noirs.  Elle trouva de l'aide, très peu au début puis de plus en plus, harcela les médias, ramassa des fonds, sous noirs par sous noirs, puis dollars par dollars et finit, grâce aux gens qui ne pouvaient tourner la page et à ceux qui avaient un grand coeur, par ramasser 150 000$ et 40 tonnes de matériel.  Elle parla alors de son rêve : construire un orphelinat aux Gonaïves pour accueillir les 87 enfants.  Peu de gens la crurent, plusieurs se moquèrent : "vous ne pourrez pas, regardez les grandes organisations humanitaires qui ne sont pas capables d'agir efficacement avec leurs millions de dollars, les tonnes de dons qui sont coincés au port, les bandits qui pillent et volent les camions des secours humanitaires, que pourrez-vous faire, toute seule, avec 150 000$ ???  Donnez l'argent à un "vrai" organisme, ils sauront quoi faire avec".

Mais la femme ne se découragea pas, elle s'accrocha à son rêve sans faiblir, remplit des conteneurs des dons et les accompagna à Port-au-Prince, au risque de sa vie, se rendit aux Gonaïves, distribua une partie du matériel de mains à mains, dans des crèches, des églises, entreposa le reste qui pourrait servir à son futur orphelinat, trouva un ingénieur, un terrain et... commenca à faire construire l'orphelinat.
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Un an plus tard, il est terminé, les enfants couchent sur des lits pour la première fois de leur vie, ils mangent régulièrement, ils apprennent à lire et à écrire, les filles apprennent la couture, l'avenir s'ouvre devant eux.  Les grands organismes qui se moquaient sont soudainement plus humbles et reconnaissent que cette petite femme a réussi là où eux n'ont pas réussi.  L'orphelinat, le Village des Enfants de l'Humanité, est devenu un modèle, visité et admiré par l'ACDI, l'ONU, CARE, qui, maintenant, veulent bien aider et faire partie de cette réussite inimaginable.  Mais, malgré les lits, offerts par CARE, la nourriture offerte pour 3 mois par Food for the Poor, les professeurs payés pour un an par CARE, la situation est encore précaire pour ces 87 enfants. Sans parrains pour les parrainer, l'avenir risque fort de leur claquer la porte au nez.  Bientôt l'argent manquera pour la nourriture, les enseignants, les médicaments... La petite femme continue à se battre ...
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